
À l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, célébrée chaque année le 21 février par l’UNESCO, nous avons décidé d’interviewer la directrice de notre école, madame Tiphaine Henry.
— Que signifie pour vous la langue maternelle lorsque vous résidez loin de votre terre natale ?
— Même loin de chez soi, la langue maternelle reste un refuge et un pont vers nos racines. C’est un trésor qu’il faut chérir et protéger.
— Comment résister à la tentation de passer à une langue commune à tous ?
— Quand on vit dans un autre pays, la langue majoritaire commence peu à peu à s’imposer partout : à l’école, dans la rue, au cinéma, au restaurant, au théâtre, à la radio, entre amis… Elle devient la langue de la facilité, celle qui permet à tout le monde de se comprendre immédiatement.
— Quel a été votre choix ?
— J’aurais pu céder, mais j’ai fait un choix clair : le français serait pour mes enfants la langue du cœur, la langue du lien.
— Quelles règles vous êtes-vous imposées pour que vos enfants apprennent le français ?
— Je me suis fixé quelques règles simples au quotidien :
Essayer de toujours leur parler en français.
Encourager la lecture en français.
Chanter en français, surtout dans les premières années.
Apprendre à exprimer ses émotions en français.
— Exigiez-vous la perfection ?
— Non, je ne corrigeais pas chaque erreur, je n’exigeais pas la perfection. Je privilégiais la constance.
— Quand avez-vous pu apprécier le résultat ?
— Peu à peu, le français a cessé d’être seulement « la langue de maman ». La langue française est devenue aussi la langue de mes enfants — et pas seulement à la maison.
— Qu’est-ce qui a été également important dans ce processus ?
— Il était essentiel de maintenir un lien régulier avec ma famille francophone, de considérer le trilinguisme de mes enfants comme une richesse, et de préserver, aimer et promouvoir les traditions françaises, en les rapprochant des traditions ukrainiennes.
— Que signifie transmettre sa langue maternelle à l’étranger ?
— Transmettre sa langue maternelle à l’étranger n’est pas seulement une question linguistique ; c’est une question d’identité, de valeurs, d’amour et de respect.
C’est refuser de perdre une partie de soi.
— Et aujourd’hui, le français reste-t-il la langue de votre famille ?
— Aujourd’hui encore, mes enfants, déjà adultes, continuent de me parler et de m’écrire en français, même si nous partageons désormais aussi d’autres langues communes, dont la langue ukrainienne…




